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Le vendredi, après avoir déposé son sac d'école sur le banc de la cuisine et changé de vêtements,je me dirigeai vers la Ravine Sèche pour chercher du bois. J'avais 15 ans. La ravine était distante de quatre kilomètres de chez nous, on était en juin. Il était presque six heures lorsque mon gros paquet de bois fut prêt. Quelle ne fut pas ma surprise ce jour là quand j'entendis autour de moi un concert de voix féminines réciter Avé Maria ! Je me serais cru dans une église. Pourtant j'étais sûr d'être seul en ce lieu inhabité. Je ne perdis pas mon sang froid. Même si je n'avais pas terminé la confection de mon sombli, je soulevai mon fagot et le déposai sur mon crâne. Quand j'eus parcouru un kilomètre, je cessai de courir. Je repris mon souffle en marchant. Maintes fois, j'avais vu des gens venir déposer à l'abri des rochers une bouteille remplie d'une eau verdâtre et fermée hermétiquement. Ma mère m'avait fortement déconseillé de toucher à ces objets chargés de fluides négatifs. Elle m'avait tout expliqué pour que je sache à quoi m'en tenir et cela se résumait ainsi : Certaines personnes souffrant d'une maladie mystérieuse, après avoir pris un bain à base de vétyver, de feuilless de lilas, de plantain, de jean robert, d'eucalyptus et d'ayapana marron en remplissaient une bouteille et la déposaient en ces lieux... Elles étaient libérées du mal lorsqu'un imprudent s'aventurait à toucher la bouteille maudite. Personnellement, je n'avais jamais osé défier cette croyance et passais au large quand un tel obstacle se présentait à moi. Je pensais aussi que mon père avait l'habitude de raconter qu'après six heures, les âmes quittent le cimetière. Pour que ses grands parents se réveillassent à heure fixe le matin pour se rendre au travail, il leur suffisait de s'adresser aux âmes du purgatoire. Selon lui, ces âmes se réfugient dans l'église et vont prier pour expier leurs fautes. C'est pourquoi, disait-il, il valait mieux se trouver la nuit dans un cimetière que dans une église. C'est sûr qu'il existait un lien entre ces faits racontés et la récitation de prières que j'avais entendue. |
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Source:
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Ile à Peur. Prosper Eve |