Le bassin du Diable: derrière ce nom effrayant se cache
une chute d'eau dans les hauteurs de Saint Denis.
Accessible après une marche parfois un peu risquée
de 2h00, le bassin ne présente pas beaucoup d'intérêt
si ce n'est la légende qui y est attachée.
La version retranscrite ici est issue de l'album de la Réunion
: "Zoura et la fleur maléfique" |
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Il y a bien longtemps déjà, dans les hauts du village du Brûlé vivait
une famille. Ils habitaient une case un peu à l'écart des autres
dans un bonheur sans nuage. Combo et Nariana, tels étaient leurs
noms, s'aimaient depuis des années. Toutefois, leur amour n'avait
pas porté de fruits. Aucun enfant n'était venu couronner leur bonheur.
Nariana en concevait du chagrin et adressait constamment des prières
vers le ciel d'une manière fervente. Hélas ! Celui-ci restait sourd
à ses supplications.
Enfin, un matin, elle s'aperçut que ses souhaits allaient être
exaucés. Quand elle fut certaine de ce fait, elle annonça la nouvelle
à Combo en se jetant dans ses bras. Ils remercièrent Dieu de cette
faveur inespérée. Le jour tant désiré arriva enfin ! Nariana mit
au monde une fille qui reçut le doux nom de Zoura. Tout le village
fut en fête. La sympathie et l'affection que tous les habitants
éprouvaient pour eux, à cause de leur dévouement et de leur bonté
pour tous, éclatèrent dans ce moment.
Chacun prit part à la joie des deux époux. Zoura dès sa
naissance fut entourée des soins assidus de sa mère. Elle veillait
constamment sur elle avec une sollicitude exagérée. Elle ne pensait,
ne vivait plus que pour son enfant. L'enfant grandit rapidement.
A mesure qu'avançait son âge, ses traits se développaient, annonçant
une beauté rare. Avec ses yeux noirs et brillants, sa figure à l'ovale
parfait qu'encadrait une longue chevelure noire, elle provoquait
déjà l'admiration de tous ceux qui la voyaient. Tout le monde la
cajolait, la flattait, sa mère ne voulait pas qu'elle éprouvât la
moindre contrariété et ses moindres caprices étaient aussitôt satisfaits.
Zoura, qui devenait de plus en plus belle eut bientôt un caractère
gâté, elle devint méprisante, exigeante et orgueilleuse. Elle devint
insupportable si bien qu'on commença à ressentir de la froideur
à son égard. De jours en jours, elle vit diminuer les soins et complaisances
que l'on avait pour elle ; elle s'en irrita et accabla de son mépris
tous ceux qui ne lui plaisaient pas. Sa mère voyait avec peine les
défauts envahir le cœur de sa fille, mais il était trop tard. Combo
était déjà désespéré, plusieurs fois il avait voulu intervenir,
mais plein d'amour pour sa femme, il n'osait pas la contrarier et
faire des remontrances à Zoura qu'elle idôlatrait.
Peu à peu, tout le monde s'éloigna d'elle ; se voyant mise à l'écart,
elle devint méchante et cruelle. Elle se vengea sur ses parents
qu'elle rendait malheureux à tout moment et fut leur tourment quotidien.
Elle avait à peine dix-sept ans qu'elle était hautaine, vaniteuse,
cruelle et égoïste, tous ces défauts contrastaient avec l'éclat
de sa beauté qui faisait dire que c'était un monstre caché sous
une figure céleste. Une dernière espérance restait à Nariana, sa
fille arrivait à l'âge où le cœur s'épanouit sous l'amour, comme
une fleur chargée de rosée s'entrouvre aux doux rayons du soleil,
épurée et vivifiée par des sentiments généreux qui s'éveillent dans
le cœur des amoureux.
Elle pensait que cela ramènerait Zoura dans le droit chemin. ZOURA
venait d'atteindre sa dix-huitième année et jamais sa beauté n'avait
été plus éclatante. Se mirant souvent dans l'onde des ravines, celle
ci était devenue amoureuse de se propre image. Dans une de ses promenades
solitaires, elle arriva auprès d'un précipice ; de forme circulaire,
ses bords s'arrondissaient en entonnoir et ses flancs étaient garnis
de lianes et d'arbustes revêtant les rideaux d'un rideau verdoyant.
Une fleur d'un rouge ardent se trouvant sur des pentes les plus
inclinées attira son attention ; brillant d'un vif éclat, elle ressemblait
à une tâche de sang sur un beau tapis vert.
Zoura n'eut plus qu'une idée en idée : posséder cette fleur. Une
pensée infernale traversa alors son esprit : bien souvent elle avait
entendu les grandes marques d'admiration des gens du village ou
de passage. Elle prit donc la résolution de s'assurer de l'influence
qu'elle pouvait exercer, et se proposa d'ordonner au premier qui
lui déclarerait son amour, d'aller chercher la fleur rouge qu'elle
convoitait, quel que soit le danger mortel qu'il courrait. Peu de
jours après le village fut en fête ; pour assurer son triomphe,
Zoura se para avec le plus grand soin. Son arrivée produisit la
plus grande sensation.
Un murmure général d'admiration s'éleva, qu'elle accueillit avec
un sourire de dédain. Elle fût bientôt entourée, vantée et adulée.
Presque tous les jeunes gens mendiaient son regard, délaissant les
autres jeunes filles. C'était à qui redoublait d'attentions pour
capter son intérêt. Elle demanda à ceux qui l'entouraient qui voulait
être son cavalier : tous s'offrirent. Elle choisit un des plus jeune
et empressés auprès d'elle. D'abord intimidé, le jeune homme n'osait
parler.
Mais Zoura l'encouragea et acheva de le subjuguer par un sourire
dont elle avait le secret, si bien qu'il finit par lui exposer toute
sa passion. Celle-ci lui répondit en lui disant d'un air glacial
qu'elle doutait de la sincérité de ses paroles. L'infortuné fit
de grands serments, la suppliant de le mettre à l'épreuve. Alors
Zoura l'emmena loin du village, et après avoir marché quelques temps
dans la campagne, ils arrivèrent au bord du précipice. D'un geste,
elle lui montra la fleur rouge que le soleil faisait étinceler et
le lui dit simplement :
" Je la veux ! "
" Mais ce que vous me demandez est impossible, répondit le jeune
homme, vous voulez m'envoyer à la mort ! "
" Vous m'avez dit de vous mettre à l'épreuve, je vous demande une
seule chose et vous refusez. Et vous osez me dire que vous m'aimez
! "
Sa réponse acheva de troubler le malheureux, un seul sourire de
celle ci le ramena à l'obéissance; séduit, dompté, fasciné il obéit
et se mit en devoir d'effectuer la périlleuse entreprise. Avec des
peines inouïes, il arriva près de la fleur, et tout à coup il mesurat
le danger qui il s'aperçut de l'abîme qui s'ouvrait sous ses pieds.
Il se cramponna aux lianes, sentant qu'il ne pourrait aller plus
loin. Pourtant la fleur n'était qu'à quelques pas, il lui semblait
n'avoir qu'à allonger le bras pour la saisir. Ne pouvant y parvenir,
il se retourna vers la jeune fille, espérant qu'elle lui donnerait
la permission de revenir sur ses pas, satisfaite de l'épreuve.
Mais à ce moment là, une lueur sinistre brillait dans les yeux
de Zoura. Il eut peur, le vertige le prît et il roula au fond du
précipice. Après ce funeste accident, Zoura retourna tranquillement
chez elle et s'endormit le soir sans le moindre remords. Le lendemain
tout le village fut en émoi de la disparition du jeune homme. On
savait qu'il était parti avec elle, mais personne ne l'avait vu
revenir. On prit des informations près de la jeune fille, celle
ci raconta calmement l'événement. Cette horrible sang-froid fit
éprouver un sentiment de répulsion à son égard.
Ses parent même eurent du mal à ne pas s'éloigner d'elle. Malgré
cette aventure, elle continua ses manœuvres de coquetterie. Maints
garçons subirent son ascendant. Tels des papillons, ils allaient
se brûler au feu de Zoura. Un garçon du village mourut d'amour pour
elle, ce qui la laissa tout à fait insensible, malgré la douleur
de sa mère qui faisait peine à voir. La haine publique éclata alors.
Les habitants du village étaient si indignés qu'ils parlaient de
se réunir pour la chasser de ces lieux qu'elle emplissait de désolation,
lorsqu'arriva dans le village un étranger.
Nul ne le connaissait, ni ne savait d'où il venait. Il était jeune,
beau, gracieux et séduisant. Toutefois, près de lui on ressentait
un certain malaise sans en comprendre l'origine. Sa figure était
blanche comme de l'ivoire, ses yeux avaient un éclat fulgurant qu'on
avait de la peine à soutenir. Tous avaient hâte de s'éloigner de
lui, tant sa présence oppressait. Dès son arrivée il entendit tous
les malédictions dont on accablait Zoura. Il pria alors un des habitants
de lui montrer la jeune fille. Tous voulurent le détourner de ce
désir, le prévenant du malheur qui l'attendait.
Mais il n'écouta rien et se présenta devant Zoura. A sa vue, celle
ci rougît, pâlit, balbutia, troublée par le regard étrange. Elle
essaya de résister en vain, puis courba bientôt la tête. Elle avait
enfin trouvée son maître. Enfin elle aimait ! Cet amour l'embrasa
comme un feu, la consumant dans son haleine brûlante. Elle qui avait
été insensible et froide, ne se posséda plus et ressentit bientôt
les tourments que les autres avaient éprouvés pour elle. Les jours
s'écoulaient et Zoura aimait de plus en plus l'étranger. Malgré
ses nombreuses questions sur ses parents, son pays, elle ne savait
toujours rien. Une nuit elle fit un rêve effroyable.
Elle se voyait emportée par le jeune homme dans les profondeurs
de l'abîme. Et tout à coup, elle voyait les victimes s'avancer vers
elle. Elle essayait de fuir, mais en vain. Chacun lui reprochait
ses souffrances et redoublait ses tourments. Car le remords avait
commencé à l'envahir. Elle vit en dernier lieu son père et sa mère
mourir de chagrin. Au lever du jour on entendit une voix s'écrier
: Que tout le monde se rende au précipice ! Chacun fut épouvanté
par cet ordre, on crut à un avis du ciel. On se rendit en foule
à l'endroit indiqué, à peine les habitants étaient ils installés
qu'ils virent arriver Zoura au bras de l'inconnu. Arrivé au bord
du gouffre, l'inconnu lui dit en montrant la fleur rouge cause de
tant de malheurs :
" Vous avez juré d'appartenir à celui qui vous apporterait cette
fleur. Dans un instant vous la posséderez "
Il descendit la pente du précipice sans le moindre effort. Il
cueillit la fleur qui brillait toujours d'un vif éclat et vint l'offrir
à Zoura. A peine celle-ci l'eut prise que des gouttes de sang perlèrent
entre ses doigts. L'étranger dit alors d'une voix forte :
" Tout le village est témoin que je vous ai donné la fleur que
vous désiriez ; vous m'appartenez maintenant ! Il est temps de punir
vos fautes ! C'est ici qu'a eu lieu le mal, c'est ici qu'aura lieu
le châtiment. Regardez moi ! "
Une transformation complète en lieu en lui
" Le diable ! " s'écria Zoura épouvantée.
" Oui pour vous je suis le diable, mais pour l'humanité je suis
la justice. Vos tourments ne cesseront que lorsque par la souffrance
vous aurez expiés vos crimes "
On vit alors l'inconnu entraîner Zoura au fond du gouffre, le
fond bouillonna. Tous les habitants s'en retournèrent émus et effrayés
par un tel spectacle. Le gouffre se remplit alors d'eau et un bassin
se forma. C'est depuis ce temps là qu'il porte le nom de " Bassin
du Diable ".
Cette endroit fut réputé longtemps dangereux, mais on peut s'y
baigner sans craintes, malgré son nom effrayant. (Légende extraite
de l'album de la Réunion) Texte d'Isabelle Hoarau, publié dans Contes
et légendes de l'île de la Réunion.
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